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Le Patchwork des noms n’est ni une œuvre d’art, ni un décor. Son but est d’attirer l’attention du public sur l’épidémie, perpétuer la mémoire de ceux qui sont morts du sida, combattre l’exclusion et la discrimination des personnes, permettre aux familles le souhaitant, d’affirmer la cause véritable du décès des leurs, et d’œuvrer dans une plus grande visibilité pour une prise de conscience. Cet espace symbolique de réflexion et d’émotion devant la mort permet aussi aux proches de ceux et celles qui sont décédés du sida de vivre leur deuil autrement, en partageant leur douleur. Des ateliers ont donc été aménagés pour accueillir et soutenir les proches et les aider, si nécessaire, à réaliser leur panneau

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Plus de 20 ans d'histoire

Jacque Hébert, fondateur du Patchwork, raconte : 

"Ce mouvement a vu le jour à San Francisco, dans la communauté homosexuelle, qui a été la première touchée par le sida. Les personnes qui avaient perdu un proche étaient désemparées, d'autant plus qu'aux Etats-Unis, les morts du sida sont systématiquement incinérés. Il ne reste donc plus de trace, ni même le recours au cimetière pour ceux que cela pourrait aider.

 

En 1985, à San Francisco, au cours d'une marche aux flambeaux organisée par des homosexuels, certains ont eu l'idée de prendre des feuilles blanches, d'y écrire le nom de personnes mortes du sida et les coller sur les murs. C'était la première ébauche de ce qu'allait être le Patchwork, appelé la-bas le Names Project, le projet des noms.

 

Peu de temps après, un journaliste, Cleve Jones, a eu l'idée de réaliser un panneau en tissu de la taille d'une tombe (1,80m sur 0,90m) à la mémoire d'un de ses amis, et d'y faire ressortir sa personnalité. Son entourage a trouvé l'idée intéressante et très rapidement, beaucoup de panneaux ont été réalisés. En 1987, le Names Project a été officiellement créé et 2000 panneaux ont été exposés à Washington devant le Capitole.

 

Plus tard, un délégué du Names Project est venu à l'association Aides, où j'étais permanent, pour nous montrer deux panneaux. Mais cela a été sans grand succès. Tout le monde trouvait que c'était trop américain, très anglo-saxon, que c'était un cimetière ambulant, que cela ressemblait à des ex-voto... J'étais un peu de l'avis général même si je trouvais ça beau. Puis, en 1988 à New-York, j'ai eu l'occasion d'assister à un déploiement dans Central Park. J'ai eu un choc. Le nombre de panneaux me paraissait fantastique à l'époque. J'ai vu cette énorme émotion et, en même temps, cette beauté que représente un déploiement. Parce que tous ces panneaux, les uns à côtés des autres, c'est superbe. Je crois que l'esthétique ajoute encore à l'émotion.

 

De retour à Paris, j'en ai parlé à des volontaires de Aides. Avec trois d'entre eux, plus un utilisateur de l'association, décédé depuis, nous avons créé le Patchwork des Noms en 1989, contre vents et marées. Cela a été très dur. Nous avions très peu de panneaux. Nous en avons fait chacun un, c'est tout.

 

Puis a eu lieu la conférence internationale sur le sida à Montréal en juillet 1989, où de nombreux membres de Aides ont assisté à un déploiement dans un stade. Ils sont alors revenus en disant : "on n'avait pas compris du tout ce que cela voulait dire, mais ce qu'on a vu, c'est formidable, alors moi, je fais un panneau..." Ainsi le 23 septembre suivant, à l'initiative de Daniel Defert, 16 panneaux français ont été présentés dans les locaux de Aides.

 

Mais la partie n'était pas gagnée pour autant. Il y avait encore de nombreuses réticences. Les assises annuelles de Aides ont constitué notre baromètre. La première année où nous avons présenté le patchwork, à Nice, les trois-quarts des membres de l'assistance étaient très choqués par cette démarche. L'année suivante, à Toulouse, les deux-tiers étaient tout à fait pour. Puis les années suivantes, à Nancy, à Lille, à Lyon, à Paris, il n'y a plus eu de problèmes. Je pense même que ceux qui ont encore des réticences n'osent plus le dire.

 

En 1992, il y a eu un grand déploiement sous la Tour Eiffel avec les associations européennes du Patchwork. On n'avait jamais vu autant de panneaux à Paris. La télévision était là, les journaux en ont parlé et on peut dire que l'impact médiatique a fait démarrer le Patchwork. Il y a maintenant des ateliers en province et cela va de plus en plus rapidement : en un an, le nombre de carrés à doublé" (Jacque Hébert, 1994 et 1995) 



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